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Assises nationales : Le cas du Cercle d’initiatives des intellectuels sénégalais

Par Sidy SISSOKO



Assises nationales : Le cas du Cercle d’initiatives des intellectuels sénégalais
Le débat sur les Assises est déjà omniprésent dans l’actualité nationale et intéresse un nombre croissant de citoyens de toutes les catégories et de toutes les couches sociales, malgré (ou à la faveur) de la crise mondiale à laquelle nous sommes confrontés.



Nous sommes de plus en plus nombreux à en discuter de manière substantielle à travers les canaux de la presse indépendante nationale, ce qui traduit la grande capacité des Sénégalais à dialoguer, à partager et à faire face ensemble aux défis qui se posent à la Nation, en l’occurrence la consolidation de la démocratie et de la stabilité politique du Sénégal, et la recherche de palliatifs à la crise internationale.

A cet effet, la cellule de communication des Assises pilotée par le Syndicats des professionnels la communication (Synpics), les concertations au niveau des départements, la Commission scientifique ainsi que le projet de forum électronique me semblent être des instances participatives et pluralistes de recherche et de communication d’une grande importance pour les citoyens qui veulent déjà apporter leurs contributions. Beaucoup de pays africains se trouvent dans une conjoncture politique et économique semblable à celle que vivent les Sénégalais, et sous ce rapport, les Assises constituent une circonstance épistémologique de sortie de crise et d’inclusion politique et sociale pour tout un Continent.

Ce texte s’insurge contre les confusions que le leader du Cercle d’initiatives des intellectuels sénégalais (Ciis) cherche à entretenir maladroitement autour des principes de démocratie et de citoyenneté. Il dénonce aussi l’imposture intellectuelle, et réfute les allégations fallacieuses du Ciis sur la participation de la société civile dans le processus des Assises nationales, en clarifiant les rôles et les responsabilités qui lui incombent dans la gouvernance politique.

Des principes de droits humains, de démocratie et de citoyenneté

Les principes de droits humains, de démocratie et de citoyenneté consacrent le caractère indivisible des droits, et l’égalité de droit de tous les êtres humains. Ils sont énoncés dans la Déclaration universelle des Droits de l’homme adoptée en 1948, la Déclaration internationale sur le droit au développement de 1986, la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples adoptée en 1981 ainsi que dans le préambule de la Constitution du Sénégal. La lecture de la Constitution du Sénégal permet de mesurer les écarts entre les prescriptions sur les libertés individuelles et collectives et les pratiques de gouvernance.

Pour illustrer cet écart, il suffit par exemple de consulter analyses des syndicats de magistrats et de greffiers sur l’état actuel de la justice au Sénégal, l’étude du Forum civil sur la corruption dans le secteur de la santé, les rapports de la Raddho et du Congad sur la situation en Casamance, ou la Lettre du Citoyen, entre autres initiatives des organisations de la société civile. Cet écart est encore plus ahurissant quand on se réfère à l’actualité quotidienne faite de meurtres et autres crimes non élucidés en Casamance, de scandales politico-financiers, de querelles intempestives entre les plus hautes autorités de l’Etat et de changements constitutionnels inopportuns du point de vue de la promotion des droits humains, de la démocratie et de la citoyenneté.

Se fondant sur ces principes de droits, de liberté et d’égalité, des groupes de citoyens s’étaient mobilisés sur toute l’étendue du territoire, à la veille de l’élection présidentielle de 2000 pour garantir un processus électoral inclusif (dans la perspective de la participation des jeunes, des femmes et des autres catégories marginalisées), consensuel (dans le sens d’une acceptation des règles du jeu par les parties prenantes à l’élection) et paisible (sans une instauration de l’état d’urgence au lendemain du vote).

Les mêmes principes de liberté continuent d’animer les intellectuels et les activistes sénégalais, qui dénoncent régulièrement les abus contre les libertés et les actes de mauvaise gouvernance sous tous les régimes, pendant que le leader du Ciis aura navigué en toute liberté, du soutien au président Abdou Diouf au soutien au président Abdoulaye Wade, à la manière d’un ’chien de garde’. En effet, c’est de cette manière que le leader du Ciis a accusé les participants aux Assises nationales de préparer un coup d’Etat pour le compte d’un étranger qui en voudrait au régime actuel. Il appelle ainsi les Sénégalais à mettre en place un front pour la sauvegarde de la République. Par la suite, le porte-parole du chef de l’Etat déclarait que les Assises sont un événement normal qui participe du jeu démocratique au Sénégal, ce qui démontre encore une fois que, pour découvrir d’éventuelles marionnettes des hommes politiques, le Ciis doit suivre la curieuse trajectoire de son leader toujours plus royaliste que le roi, et non les chercher au sein des organisations de la société civile impliquées dans les Assises.

De l’imposture intellectuelle

En reconnaissance de cette liberté d’expression, d’opinion et d’association qu’ils exercent avec autant maladresse et de boucan, les membres du Ciis doivent faire preuve de bon entendement, de discernement, de responsabilité, d’intégrité intellectuelle et de tolérance dans leur prise de parole publique et dans leurs analyses des initiatives de leurs concitoyens. En effet, il peut arriver que l’intellectuel (l’érudit en religion, ou le philosophe chez Platon) soit victime d’un défaut d’entendement de son rôle, de sa mission et de ses responsabilités, et qu’il s’installe dans le rôle d’un mandarin au service du prince du moment. Cependant, il ne faudrait pas qu’il bafoue les principes et libertés d’expression, d’association et d’opinion qui sont des vertus cardinales chez l’intellectuel et chez le citoyen ordinaire.

Ainsi, le Ciis devrait rompre d’avec sa promptitude à utiliser les médiats pour s’engager si gaillardement dans des batailles à la Don Quichotte et par des digressions constamment grossières sur les notions de démocratie et de la citoyenneté. C’est par de telles manœuvres qu’il a voulu discréditer les Assises nationales en calomniant les citoyens qui y participent aux Assises. Le Ciis est allé trop loin en diabolisant les uns dans le but de créer les conditions d’une confrontation entre ceux qui menaceraient la République et ceux qu’il appelle à la défendre, oubliant toute la différence qui existe entre le rôle et la mission de l’intellectuel et ceux des services de police, de gendarmerie ou des services secrets.

Il est particulièrement rare qu’un professeur de sociologie puisse avoir autant de difficultés à comprendre la majesté de son rôle en société. Mais en plus, l’intolérance intellectuelle persistante chez le leader du Ciis traduit une monstrueuse dévalorisation des libertés civiles et intellectuelles dont il a le privilège de jouir. Il en est de même de l’intolérance civique qui caractérise son interprétation ponctuelle des règles qui régissent la vie en République et qu’il prétend défendre en hurlant au complot lorsqu’une partie de la classe politique, l’essentiel de la société civile politiquement active et de l’intelligentsia sénégalaise décident de discuter de manière inclusive et approfondie de l’avenir du pays. Dans cette théâtralisation avilissante des responsabilités académiques et sociales de l’intellectuel mise en œuvre par le Ciis, son leader ne parvient même pas à déterminer quel personnage incongru, il voudrait incarner.

Pour les intellectuels véritablement engagés, dont la trajectoire est radicalement différente de celle du Ciis, les beaux yeux du prince de l’instant ne l’emportent pas sur l’avenir d’une Nation aussi vaillante et savante et aussi libre et tolérante que le Sénégal. Le génie des Assises confirme que nous restons un exemple sur la scène africaine et internationale.

De la méconnaissance du rôle de la société civile

Les trois dernières décennies correspondent à l’expansion de la notion de société civile et à sa centralité dans le champ théorique et expérimental de la démocratie en Afrique et dans les pays en voie de développement en général. Cependant, le fait le plus marquant dans cette évolution, est certainement le manque de consensus autour du sens qu’on donne à cette notion de société civile. Sa définition affecte naturellement son positionnement intermédiaire entre l’Etat et la famille, les principes d’autonomie et le cadre légal et institutionnel qui la régissent, ainsi que les fonctions, rôles ou responsabilités qu’elle s’assigne dans les processus de transformation politique, économique et sociale. On peut toutefois présumer que la défense et la promotion des libertés civiles et politiques, la suppléance dans la provision de services pour les pauvres et les démunis, la critique de l’action des autorités politiques et le plaidoyer en faveur de politiques alternatives ont été les principales orientations de l’engagement des organisations de la société civile envers les populations africaines.

On constate aussi que dans la plupart des situations de transition ou de consolidation démocratique, la société civile joue un rôle incontournable, notamment lorsqu’il s’agit d’arbitrer les processus électoraux ou de conduire une médiation entre des acteurs politiques en conflit. Son succès dans le champ politique dépend largement de son autonomie et de sa neutralité entre les parties prenantes à la compétition ou au conflit. Ce succès peut aussi dépendre de la capacité des hommes politiques à respecter les droits humains et les règles de la démocratie, et à faire preuve de dépassement et de patriotisme. C’est pourquoi le Ciis qui est supposé être une organisation de la société civile composée d’intellectuels, devrait adopter une attitude moins préjudiciable à la promotion des droits et des libertés civiques, politiques et académiques.

En estimant que les organisations de la société civile qui participent aux Assises nationales sont manipulées par ‘des gens tapis dans l’ombre’, le leader du Ciis porte atteinte à l’honorabilité de ses concitoyens les plus méritants. Les membres du Ciis semblent ignorer que le processus électoral consensuel par lequel Abdoulaye Wade a battu l’ancien président à qui ils avaient fait allégeance, a maintenant laissé la place à un dialogue politique bloqué par de perpétuels changements constitutionnels opérés de manière unilatérale, et par des acrobaties excentriques sur les mandats des députés, sur le calendrier électoral, la distribution de la justice, etc. Il semble aussi ignorer que la société civile a joué un rôle déterminant, tout en restant impartial, dans la mise en œuvre du processus électoral consensuel de 2000, en mettant en confiance toutes les parties prenantes à cette élection présidentielle. A moins que le Ciis comprenne tout cela et qu’il ne se donne comme vocation ’citoyenne’ que de gagner une invitation dans la cour du prince du moment.

Quant à M. Bolloré, qui a été mis en cause dans les déclarations du leader du Ciis sur le financement des Assises, il a répliqué en exerçant son droit d’assignation, créant du coup, une panique visible chez le leader du Ciis. Cette réplique aura au moins comme résultat, d’aider le leader du Ciis à comprendre enfin les vertus qui doivent guider la prise de parole publique, particulièrement chez des intellectuels. Comme bon nombre de Sénégalais, je souhaite que le leader du Ciis retrouve son destin de prince de l’intellect et qu’il continue de jouir de toutes ses libertés civiques et politiques. Nous estimons cependant que M. Bolloré comprendra que, malgré nos différends passagers et fraternels, nous sommes des Sénégalais plus que jamais convaincus qu’en ce XXIe siècle, le monde a besoin de beaucoup de tolérance, et que fort de cela, il voudra bien renoncer à poursuivre l’auteur de ces déclarations devant les tribunaux.

Sidy SISSOKO Spécialiste de la Société civile, Directeur exécutif du Mouvement citoyen Email: cisko117@gmail.com

Mardi 24 Juin 2008
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