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Dimanche 05 Juillet 2009


Enseignement: La vocation à l’épreuve des mutations socioéconomiques



Source: Le Soleil



Enseignement: La vocation à l’épreuve des mutations socioéconomiques

Dans une contribution parue dans un journal de la place portant sur les conclusions du Bac, Mamadou Abdou Babou Ngom, enseignant, s’offusque de la disparition progressive de la vocation enseignante dans le pays.

Véritable cri de détresse d’un enseignant qui soulève ainsi un des problèmes fondamentaux du système éducatif sénégalais, celui de la vocation. Existe-t-elle véritablement ? Qu’est-ce qui explique cet effritement ? Est-ce réellement la création des corps émergents qui a donné un coup d’arrêt à la vocation comme le font croire certains ? Le Soleil a cherché à savoir.

« La vocation n’existe plus dans la profession. Les jeunes n’ont plus le niveau. On devient enseignant par manque d’opportunités ». Qui, au Sénégal, n’a pas entendu l’une de ces phrases ? Comme Mamadou Abdou Ngom, ils sont nombreux à invoquer, en cas de problème dans le système, la perte de vocation dans le métier.

Le rêve de devenir instituteur s’est estompé, ou a presque disparu. Même les partenaires au développement ne sont pas en reste. En 2007, le chargé d’Affaires à l’ambassade des Etats-Unis au Sénégal, Jay Smith, s’est largement inquiété du phénomène.

« Le déficit le plus important demeure la baisse de motivation constatée de plus en plus chez les enseignants. Il y a quelques décennies, le métier d’enseignant était encore un rêve pour beaucoup de jeunes. Beaucoup d’adultes se rappellent encore de l’engagement et l’enthousiasme de leurs enseignants », disait-il lors du bilan du projet Usaid/Paem.

Le diplomate de se demander si au Sénégal l’on a véritablement cherché à « créer plus de vocation chez les jeunes et les femmes, de développer des stratégies pour renforcer cette motivation et maintenir l’enthousiasme à servir partout le pays ». Comme lui, le n°2 du syndicat unique des enseignants du Sénégal (Sudes), Mohamed Coly, estime aussi que la vocation s’est « fortement effritée ».

« La vocation s’est fortement effritée du fait de la manière dont on épouse la carrière et aussi de ce qui anime le candidat à l’enseignement. Lorsque l’on va dans l’enseignement faute de mieux parce qu’il faut coûte que coûte avoir un gagne-pain sans être formaté comme il le faut pour être apte à faire face à toutes les difficultés qui pourraient émaner de l’exercice du métier, il va sans dire qu’il sera très difficile de parler de vocation », souligne M. Coly.

Les principales raisons

De l’avis de Mamadou Abdou Babou Ngom, l’explication se trouve dans le choix « involontaire » du métier par de nombreux jeunes. Pour lui, « beaucoup de gens, en fait, enseignent, alors qu’ils n’auraient jamais enseigné si le système n’avait pas été mis à genoux par une politique éducative cousue de fil blanc ».

Même son de cloche chez Jay Smith. Il souligne qu’ « aujourd’hui, beaucoup d’enseignants arrivent dans le métier par défaut. Ils restent également faute de trouver mieux ». Comme ces derniers, le directeur de l’Enseignement moyen secondaire général, Mbaye Ndeb Alexandre Diop, est d’avis que la crise de vocation est réelle.

« Il y a réellement une crise de vocation, parce que justement les enseignants recrutés donnent l’impression d’embrasser le métier parce qu’ils n’ont pas où aller ou c’est aussi l’un des rares secteurs qui recrute massivement. Aussi, dans ce lot, y a-t-il à redéfinir le métier », dit-il.

Quant au directeur du Projet des volontaires, Abdoulaye Diatta, il invite à un diagnostic de la situation. Rappelant l’étymologie du mot vacation, il souligne que par sa racine latine, il renvoie à un « engagement dans la vie religieuse ». Le sens s’est aujourd’hui élargi et renvoie à l’appel ressenti par les « personnes en mission particulière ».

Poids du contexte économique

Pour lui, l’enseignement est une mission particulière, « celle d’éducation, de formation générale de l’homme », dans laquelle, de tout temps, « il a été constaté qu’on donne plus qu’on reçoit, un métier qui appelle à beaucoup de sacrifice, d’où le terme de sacerdoce ».

De l’avis de M. Diatta, le contexte économique et politique d’aujourd’hui a bouleversé beaucoup de concepts et, par conséquent, de nombreuses valeurs et habitudes. « La motivation est devenue un élément fondamental dans la recherche de performance et de productivité.

A cet effet, il faut lier l’engagement à cette motivation qui peut être à caractère matériel (salaire, logement, avantages sociaux, mise en position de stage) et immatériel (la satisfaction d’avoir servi sa patrie, participé à la formation des piliers de l’Etat).

Tout ce qui fait que demain, quelqu’un est décoré (reconnaissance et gratitude de la Nation) », explique Abdoulaye Diatta. A cet effet, « la motivation relève ainsi de la « générosité de l’homme, du citoyen tout court », poursuit M. Diatta.

Autrement dit, on peut ne pas avoir la vocation et aimer plus tard le métier. « Devant les élèves, la communauté éducative, l’amour de la profession peut éclore. Dans ce cas, certains, au départ, peuvent la considérer comme un tremplin, mais finissent par tomber amoureux du métier », soutient le directeur du Projet des volontaires.

Par contre, affirme M. Diatta, « il existe des personnes, quelle que soit la mission que vous leur confiez et leur niveau de motivation, elles n’arrivent pas à faire une corrélation positive pour s’acquitter de leur tâche avec dévouement et engagement. C’est la raison pour laquelle je pense que cet engagement est un processus d’éducation ».

Et de marteler que même si on continue à le dire et constate que certains ne donnent pas satisfaction, « il n’en demeure pas moins que l’écrasante majorité s’acquitte correctement de sa tâche, malgré les grèves multiples et quasi-cycliques ».

Il en veut pour preuve les résultats engrangés au Cfee (qui sont passés de 54.000 à 126.000 entre 2000 et 2006) et de l’entrée en 6e (de 30.000 à 95.500). « Ils ont triplé. Cela est une preuve de l’engagement, de la motivation, puisque le temps perdu est souvent rattrapé. Mais, nous ne sommes pas encore satisfaits, parce que nous pouvons mieux faire.

Par contre, ce n’est pas pour rien que l’Unesco a organisé au Sénégal la réunion du groupe de haut niveau en récompense aux efforts consentis par l’Etat du Sénégal dans toutes ses composantes en matière d’éducation et de formation », souligne-t-il.

Les corps émergents indexés


Ils sont nombreux, ceux qui imputent le phénomène au volontariat et à la vacation dans l’éducation. Deux choses, selon eux, qui ont créé une catégorie d’enseignants qui, pour la plupart, ont embrassé le métier par défaut. « Avec l’admission dans la corporation enseignante de volontaires et de vacataires, le pays est sur la pente savonneuse du suicide.

Des gens qui ne seraient pas titulaires du Bfem enseigneraient au primaire », affirme M. Ngom. Or, a démontré Baye Ndaraw Ndiaye, dans son Doctorat soutenu en juillet 2003 à l’université catholique de Louvain, en Belgique, « l’exercice du métier exige de l’aimer et d’en avoir la vocation ».

A en croire Mohamed Coly du Syndicat unique des enseignants du Sénégal (Sudes), « la rigueur doit être observée au niveau du recrutement en se départant du volant sécuritaire (quota sécuritaire) » qu’il qualifie de « nid de protégés où l’on met beaucoup plus d’accent sur le favoritisme plutôt que sur les capacités ».

Une accusation que le directeur du Projet des volontaires de l’éducation, Abdoulaye Diatta, balaie d’un revers de main. Invoquant les résultats obtenus dans l’élémentaire, il signale que ce sous-secteur est formé en majorité de volontaires et de maîtres contractuels. « En 1995, ils étaient 1200. De nos jours, ils sont environ 32.000. Ce sont eux qui sont à la base des acquis enregistrés grâce à d’énormes sacrifices, notamment l’encadrement des élèves en dehors des horaires normaux. Ça, c’est de la motivation », martèle, convaincu, M. Diatta.

Il précise, par ailleurs, que dans les examens professionnels (Ceap et Cap), pour les 3 dernières années, la moyenne de leur taux de réussite est de « 76 % ». Cependant, il pense qu’avec ce phénomène de massification, il peut exister des enseignants non motivés.

« Des insuffisances sont réelles, mais elles sont dans des proportions qu’on peut contenir et l’Etat a enclenché, depuis fort longtemps, un processus de remédiation », indique M. Diatta.

Responsabilité enseignante

La responsabilité des enseignants dans cette baisse de niveau et de manque de motivation n’est pas à écarter puisque ne faisant souvent pas « correctement » leur travail. Selon Mamadou Ngom, ils ont une part de responsabilité, les invitant alors à une « introspection ».

Car, indique M. Ngom, « une partie du mal gangrenant le système éducatif sénégalais est, en effet, en nous : enseignants. Nous sommes passés maîtres dans l’art de la contestation, mais force est de reconnaître que nous ne faisons pas toujours notre travail convenablement. On travaille plus et mieux en privé qu’en collège ou lycée. » Cependant, le n°2 du (Sudes), Mohamed Coly, est catégorique. « Il existe des enseignants très consciencieux », note-t-il, même s’il reconnaît que le phénomène est « réel ».

Conséquences

La conséquence, selon M. Ngom, est que « l’enseignement est une vocation qui se meurt à petit feu ». Il estime que les autorités sont les « principaux responsables de cette déconfiture » qui, si l’on n’y prend garde, risque « de faire rater au pays le train de l’émergence ».

L’enseignant est convaincu qu’il faut faire « le pari de la qualité et le choix des enseignants pour ne pas construire sur du sable mouvant et maximiser les fortes sommes mises dans le secteur ». Le défi est à relever et les bailleurs comptent y jouer leur partition.

L’Usaid, selon Jay Smith, contribuera à « l’effort de restauration de l’image de marque de l’enseignant » à travers un train de mesures. Entre autres, « la mise en place d’une plate-forme numérique d’échanges entre les différents acteurs du système qui vise à renforcer sa transparence, la promotion d’un meilleur partage de l’information entre les différents services du ministère et les enseignants ».

Par Daouda MANE

Samedi 17 Mai 2008
alpha-2.info La Rédaction N/C/D
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1. Posté par BABACAR le 17/05/2008 11:57
bien vu on va enseigner par ceq u'on aucune occupation

2. Posté par capitaine le 17/05/2008 11:59
dommage pour les enfants les enseignants font du je m'enfoutisme

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